Intermédiaire·4 min·6 septembre 2026

Pourquoi l'IA ne va pas tuer vos logiciels

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Oui, l'IA automatise les tâches répétitives. Mais non, elle ne va pas balayer tous tes logiciels d'entreprise.
Pourquoi l'IA ne va pas tuer vos logiciels

Pourquoi ça compte pour toi

Si tu diriges une PME ou si tu rêves de créer un outil grâce à l'IA, il faut comprendre comment les entreprises achètent, utilisent et abandonnent vraiment leurs logiciels. L'IA va transformer le marché, mais pas en deux mois — et certainement pas comme le croient les développeurs de la Silicon Valley.

Ce qu'il faut retenir

  • 1.Les gens ne pensent pas naturellement à automatiser leur travail, même si une solution existe
  • 2.Les vraies tâches à automatiser sont souvent cachées, difficiles à identifier et sans solution évidente
  • 3.Quand tu as enfin trouvé le problème et la solution, tu dois convaincre 500 personnes à travers 5 départements d'utiliser le même outil
  • 4.Les entreprises fonctionnent sur un spectre : des systèmes rigides et formels (SAP) aux pratiques improvisées (Excel, email, Google Sheets)
  • 5.L'IA ne résout pas ce spectre — elle l'étend et le rend plus complexe

Tu galères avec le jargon ?

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Le piège du bâtisseur d'outils

Tu travailles dans la tech ? Évidemment tu passes ta journée à penser comment construire des outils qui changeraient le métier de tes collègues. Le problème : tu n'es pas représentatif. Un grand avocat matrimonial ne pense pas à comment l'IA pourrait réinventer son processus de découverte de preuves. Il pense à ses clients, ses dossiers, ses cas complexes. Un bon commercial ne rêve pas d'outils de productivité — il pense à ses prospects et ses concurrents.

Cette cécité a un nom : c'est pour ça que les vraies entreprises tech embauchent des ingénieurs déployés sur le terrain — des gens qui déambulent dans les cabinets d'avocats ou les studios d'architecture pour identifier les opportunités que les métiers eux-mêmes ne voient pas. C'est le consultant junior qui, pendant un stage, dit à son père : "hé, tu pourrais simplement faire ça comme ceci?"

Le vrai problème : c'est pas évident

La majorité des logiciels qu'on a automatisés ces 20 dernières années n'avaient rien d'évident. Même pas pour les bâtisseurs d'outils. La plupart des succès logiciels ont eu cinq ou six tentatives échouées avant de trouver le bon problème et la bonne solution. Excel est là pour te le rappeler : même avec des modèles prêts à l'emploi dans le menu "Fichier/Nouveau", chaque modèle a fini par devenir... une vraie entreprise (Carta gère "juste" une feuille de calcul pour les DAF — et c'est valorisé 4 milliards de dollars).

C'est facile d'imaginer que l'IA va coder les outils en cinq minutes au lieu d'une heure. Mais elle ne change rien au vrai défi : savoir qu'un outil existe pour ce problème précis, et savoir à quoi il devrait ressembler.

Le mur des 18 mois

Une fois que tu as identifié le problème et la solution ? Tu dois convaincre tout le monde.

Imagine : tu as une idée pour transformer la paie de ton entreprise. Super. Sauf que la paie touche 50 ou 500 personnes réparties sur 5 départements, qui utilisent 3 systèmes différents, sous 4 régimes réglementaires distincts. Tu ne peux pas juste décider tout seul. C'est un achat, une décision, un processus de vente de 18 mois.

Voilà pourquoi les entreprises ont des centaines d'applications : parce que pour institutionnaliser une tâche (la rendre officielle, auditée, sécurisée, maintenue), il faut passer par toute cette machinerie.

Le spectre : du rigide à l'improvisé

Les boîtes fonctionnent sur un spectre :

  • En haut : SAP, Workday, Rippling. Ces systèmes sont lourds, chers, mais tout le monde les utilise de la même façon. C'est institutionnalisé.
  • En bas : Excel, email, dossiers partagés, Google Sheets, captures d'écran, PDF, appels Zoom. C'est l'espace improvisé où les gens font des trucs "bizarres" mais efficaces pour résoudre leurs cas particuliers.

Quand une tâche devient récurrente, importante et risquée (elle génère du revenu, elle touche à la conformité), la boîte la fait remonter : elle pave le chemin de désir et embauche quelqu'un pour le couler dans le béton.

L'IA ne supprime pas ce spectre. Elle l'étend : Excel et Google Sheets gagnent de nouvelles capacités, les applications verticales se remplissent de fonctionnalités IA, et en bonus, tu as une nouvelle couche improvisée — un chatbot qui fait des trucs à côté de tout le reste.

Ce que ça change pour toi

Si tu es une petite boîte qui embauche 5 à 10 personnes par an : actuellement tu utilises email + dossier partagé + Google Sheets. Demain, l'IA rendra ça beaucoup plus extensible — donc tu vas rester sur Google Sheets plus longtemps avant d'investir dans un vrai logiciel RH. Ou tu vas utiliser Sheets comme base de données pour faire des requêtes sur Gemini.

Si tu es PwC avec 3 à 4 000 embauches par an : tu utilises Workday (institutionnalisé, formel). Mais une petite équipe en interne va quand même utiliser Google Sheets pour un truc spécifique parce que Workday est trop rigide. Et voilà : le démantèlement recommence.

C'est cyclique. Les SaaS ont remplacé une partie du marché des gros systèmes rigides. Maintenant Excel remplace certains SaaS. Maintenant l'IA va faire des deux à la fois.

Le vrai changement

L'IA va créer des centaines de nouvelles applications verticales. Elle va rendre Excel, Sheets et email beaucoup plus puissants. Elle va passer à l'échelle des tâches qui semblaient trop petites ou trop particulières pour justifier un achat.

Mais elle ne supprime pas la question centrale : comment on prend une tâche qui était improvisée, on se rend compte qu'elle est importante, et on la formalise ? C'est un processus lent, organisationnel, politique. La vitesse d'écriture du code n'a rien à voir là-dedans.

Et concrètement pour toi ?

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🔭 Curieux

Pour toi, retiens que l'IA va surtout rendre le chaos des entreprises un peu moins visible — plus de couches d'automatisation, même expérience chaotique dessous. Ce n'est pas qu'on va tout optimiser en 6 mois, c'est qu'on va ajouter de la complexité à la complexité.

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